L’être du temps mauvais

samedi 24 avril 2021 , par Marx Teirriet

Le P’tit Canard N°10

Paru dans le supplément du P’tit Canard n°10, L’Être du temps mauvais est la réponse, en quatre lettres, du poète au chœur des Hommes qui, dans le sonnet Des images ! Des images !, l’enjoignent à leur porter assistance face au vertige de l’irrépressible besoin de consolation.

I.

Chaque être humain est une source
     intarissable
     inexorable
          d’inconnu

c’est de son nom
     qu’il nomme toute image
          à sa chose
le recors de l’émotion
au sein des illusions

c’est de son non
     qu’il nomme l’autre
     qu’il se l’imite
dans la noirceur
     d’un alphabet magique

Puis ici
     est maintenant

J’il et J’elle reliés
à     l’absolu radical     du monde
à     la certitude     du je suis
où qu’importe
     d’un je il ou d’une je elle
celui qui est de celle qui fut

     tandis le temps-là
     naïvement désemparés     éperdus ceux qui ont été

— 

II.

Nuits de trop de cœur
faut-il     toujours un précipice
     jeter à l’eau
          mon encre en forme de mots
     quitter
          se libérer de la consolation qui ne peut rien changer

     diluer dans l’aube sémiotique
          ce qui nous oblige     la peur que l’on expire
          verticalement     depuis l’obscurité de la grotte

nous sommes un corps     quelque part
     qui a soif     de chère
     qui a faim    d’absence

que nous nous obstinons à s’oublier
          à s’occulter
lequel je voudrais plongé
     dans     un mol infini diaphane de moi

engloutie l’altérité     dans la marge ourlée de miroirs plissés

     abandonner
          ce soi étanche et seul
et qui se retourne
     pour voir
et qui     espère son expérience
          à venir
     courre les baisers comme autant de radeaux

Le passé telle une sienne promesse
     précaire
     incertaine
          pour notre mémoire future

moments où nous sommes accros
               au vertige de sa fascination
          horizons figés de cire      à jamais inaccessibles
     sans cesse stupéfaits par la parole
                trahie
     sitôt rangée au catalogue des promis

Mon cœur réclame d’
     abreuver le désert à l’océan
          éprouver un dire adieu     pour un vivre océanique

Y-a-t’il de mots plus juste qu’un silence

L’être du temps mauvais #1
Par Corinne Gicquel
Corinne GICQUEL

— 

III.

Comment trouverais-tu
     si quelque ligne
          une quelconque voie à suivre
          ou la vertu du réconfort
     être

as-tu     captif
     de ces barreaux forgés
          de mots-boues
          de mots-sangs
à l’odeur fétide
          des sommations

pas de réponses dans le texte
     ni le mien
     ni aucun

nulle injonction ne commande
à l’exil
depuis la liberté
     où composte le terreau de patrie

où coulent dans nos vaines
               angoisses
     les armées du doute
          que le soldat redoute

le bourreau croyant faire justice
te libère
     du paradoxe qui l’enchaîne     fidèle aux errements de la vérité
il te délivre     du masque     du piètre

il répugne à ton genre

son crime
     comme l’évidence redoutée
          de l’incertitude et de l’insignifiance
     tu les connais

à tout prélude du vivre
dans toute image qui peuple tes rêves
dans la mélodie du désir
     au sortilège prosodique de ta langue

— 

IV.

ne cherche plus la liberté
          la liberté, c’est toi

il n’est d’autres saluts que des
          Salute !     à jamais
               fraternels

— 

Ce poème entre en conversation avec le sonnet en vers réguliers Des images ! Des images ! dont il est la deuxième partie. Delisle Tiboulen s’en explique dans un entretien que vous pouvez lire en suivant ce lien : entretien avec Delisle Tiboulen.

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