Du vacarme de la vitesse

samedi 6 juillet 2024

Notre appétit sans cesse grandissant pour la vitesse, dont l’obsession du temps réel est la figure la plus marquante, n’est à tout prendre qu’une fuite réitérée devant l’écoulement du temps chronologique, et donc in fine devant la mort. La vitesse toujours plus grande que nous imprimons à tous nos actes nous étourdit face à leur inexorable fuite, effaçant dans sa répétition toujours plus précipitée la perception de leur survenue individuelle au profit d’une stase hallucinée qui nous donne l’illusion de l’immortalité. Ce qui réclame toujours plus de technique pour la soutenir, et qui a deux conséquences. D’abord qu’au moment où cette technique vient à faire défaut, toute la chronologie jusque là déniée se précipite d’un bloc sur nous et avec elle l’effroi soudain de la mort qu’on avait cru conjurer. Ensuite que cette même technique, pour se soutenir, requiert des moyens matériels de plus en plus conséquents, qui accroissent, au sens propre autant que figuré, le bruit du monde. La vitesse remplit le monde d’un bruit toujours plus assourdissant pour tenter de nous convaincre que l’Histoire, tout autant que les histoires, s’y sont tues.

— 
Par Bloom

Les brèves dans Tribune

Le diable est dans les détails
(19 novembre 2025)

Nos civilisations occidentales sont devenues des civilisations du particulier, du détail. Pas de la singularité, qu’elles poursuivent toujours plus de leur entreprise généralisée d’exclusion, (…)

Illusion voyageuse
(15 novembre 2025)

Le supposé dépaysement lié aux voyages est toujours illusoire parce qu’il ne suffit pas de changer temporairement de lieu pour changer d’habitudes culturelles. — Par BLOOM

Mensonges et vérités
(12 novembre 2025)

A la question de savoir si le réel nous ment il est impossible de répondre. Parce que du fait qu’il survient aléatoirement, singulièrement, intempestivement, de notre point de vue humain il ne (…)

Individualismes
(8 novembre 2025)

Il y a un individualisme conséquent, qui s’efforce de mener son existence selon ce qui lui convient singulièrement en assumant les conséquences, éventuellement dommageables, de son attitude (…)